De la vision tunnel à l'horizon panoramique
Upavistha Konasana, une posture « mère »
✨ L’expansion comme chemin vers soi
Chère yogini, cher yogi,
En yoga, la souplesse est souvent présentée comme une finalité. Pourtant, ce n’est pas le mot qui m’apparaît le plus juste dans le cadre du yoga Iyengar®. Si je devais désigner une acquisition majeure de notre pratique, je parlerais davantage d’ouverture et du déploiement d’une conscience corporelle de plus en plus fine, presque millimétrée.
Cela amène une question : ces ouvertures créées dans la matière, au creux de nos fibres, ont-elles un impact sur notre état d’esprit ? Sincèrement, je suis convaincue que oui. Créer de l’espace dans le corps, c’est invariablement en offrir au mental.
Vous savez qu’au Kérala, nous avons, jour après jour, habité la région nuque/épaules/omoplates. Naturellement, le reste du corps n’était pas abandonné, mais notre Dharana — notre point de concentration — était invariablement dirigé vers le haut du corps. Et cela change tout !
Ce qui change ? L’empreinte que cela laisse. De manière très concrète, Abhijata utilise souvent une posture marquante pour créer une empreinte pour les postures suivantes. Le concept de l’empreinte est extrêmement puissant en yoga Iyengar®.
En écho au triptyque du Kriya Yoga que j’évoquais avec vous la semaine dernière, cela m’amène tout naturellement à vous citer un autre yoga sutra majeur (d’ailleurs souvent évoqué par Abhijata dans ses cours). Dans le sutra I.14, Patanjali nous donne les caractéristiques d’une pratique yogique. C’est un véritable “must do” à respecter si l’on ne veut pas se transformer en touriste du yoga :
“Sa tu dirgha kala nairantarya satkara asevitah dridha bhumih” (Cette pratique devient solidement installée lorsqu’elle est poursuivie longtemps, sans interruption et avec une attention pleine de ferveur).
Alors, la “formule magique” de la pratique ne reposerait-elle pas sur un triptyque essentiel ?
Dharana : la direction, le point de concentration, le focus (la ferveur).
Kala : le temps, la durée (dirgha kala), et donc la répétition.
Sanskara : l’empreinte durable qui permet à la pratique d’être enfin “solidement installée” (dridha bhumih).
C’est pour sceller ce travail que j’ai prolongé l’exploration à notre retour, créant un véritable effet “cure”. On parle souvent de stages de yoga, mais dans cette configuration de répétition consciente, le terme de cure yogique ne serait-il pas, finalement, le plus approprié ?
À partir de cette semaine, nous déplaçons notre Dharana vers la région du bassin, notre nouvel espace d’exploration. Il ne vous aura pas échappé que notre posture reine d’il y a deux semaines, Supta Baddha Konasana, amorçait déjà ce virage. Et la semaine dernière, dans Sirsasana, j’évoquais les piliers de la tenue de la posture, incluant le bassin et les jambes : c’était notre transition invisible.
Upavistha Konasana : L’art de l’angle panoramique 🧭
Il s’agit de l’angle assis. Il y a une vraie subtilité dans son nom : Upa indique une notion de proximité ou de direction vers un point central, et Vistha signifie “assis” ou “établi”. Le sens littéral est bien “assis”, mais avec cette nuance d’être “posé” ou “installé” de manière stable. Kona (angle) est un terme que vous connaissez bien, par exemple dans Trikonasana (l’angle à trois côtés, ou triangle) ou Baddha Konasana (l’angle lié).
Si vous arrivez à dépasser la difficulté de l’écart des jambes, l’impression de stabilité est incroyable. Surtout si vous n’avez pas besoin de supports sous les fessiers, parce que vous sentez alors l’arrière des jambes qui “mange la terre”. C’est vraiment très ancrant. Inégalé. 🌍
🪜 Le test du réhausseur
Comment savoir si vous avez besoin d’un support ? Pour le coup, rien de subtil. Les signaux les plus communs sont :
Les jambes qui se plient (ischio-jambiers courts).
Le sacrum qui fuit en arrière.
Dans ces deux cas, vous avez perdu votre intégrité dans la pose par rapport au point de départ : Dandasana. Si on a besoin d’un support en Dandasana, on en a aussi besoin en Upavistha Konasana. Simple. Basique.
Petite originalité cette semaine pour aider l'arrière des jambes à descendre : j’ai utilisé Bhramari, le son de l’abeille ou du bourdon 🐝. Ce son sur l’expiration crée une forme de “poids” énergétique qui aide l’arrière des jambes à se détendre et à s'ancrer, au-delà des instructions techniques habituelles.
🏺 La pyramide du Hatha Yoga Pradipika
Vous savez que j’aime bien “tracer” les postures et leur histoire en me référant aux textes anciens, en l’occurrence l’incontournable Hatha Yoga Pradipika (XVème siècle), attribué au sage Svatmarama.
J’adore la structure en entonnoir des postures décrites dans ce texte ! (84 — 15 — 12 — 4 — 1) :
84 postures enseignées à l’origine par Shiva (verset 1.33).
15 détaillées car jugées essentielles pour purifier le corps.
11 ou 12 sont des postures assises.
4 sont considérées comme sacrées.
1 seule trône tout en haut : Siddhasana.
Siddhasana (la posture des “accomplis”) est considérée comme LA posture la plus importante. C’est une assise très large qui apporte un équilibre parfait entre la verticalité du buste et la stabilité du socle. Selon Svatmarama, elle purifie les 72 000 nadis. Je vous la cite, car nous la pratiquerons (pour ceux qui le peuvent) en début de séance.
Parmi les 4 sacrées, on trouve aussi Bhadrasana, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à notre Baddha Konasana. Nous la pratiquerons également car c’est une posture sœur de Upavistha Konasana.
🦅 De la “vision tunnel” à l’horizon panoramique
Les postures assises du Hatha Yoga Pradipika sont plutôt compactes, resserrées et destinées au maintien de l’énergie. Vous l’avez compris : point de Upavistha Konasana dans ce texte. Est-ce à dire qu’une posture “exposée”, de grande ouverture, ne serait pas propice à la paix de l’esprit ?
Peut-être… En tout cas, je constate qu’une si grande ouverture n’est pas naturelle pour beaucoup (mis à part pour les danseurs et les danseuses ! 💃🕺😅). Je ne parlerais pas de dispersion mentale, mais plutôt de perte de repères.
Physiquement, nous créons un angle obtus, mais symboliquement, nous passons de la vision tunnel (celle du stress, du focus étroit) à une vision panoramique. En écartant largement les jambes, on demande au cerveau d’intégrer un espace qu’il ne voit pas habituellement. Upavistha Konasana devient alors la posture parfaite pour “élargir notre horizon” mental, tout en restant centré.
Pour ne pas s'y perdre, nous pratiquerons Matangi Mudra afin de cultiver un point de centrage au cœur de l’expansion (doigts croisés, majeurs pointés). Cette mudra rassemble l’énergie qui pourrait se disperser et relie l’expansion à l’intériorisation.
🏛️ Une posture “mère” et de récupération
Rester en position assise en Upavistha Konasana représente déjà une belle réalisation (un défi ? 😅). À tel point qu’on oublierait presque qu’il s’agit d’une flexion avant dans sa version finale.
En effet, en pratique (et surtout avec Abhijata), Upavistha Konasana est souvent introduite comme posture de transition, voire « d’attente » lorsqu’elle donne des explications philosophiques ou techniques. Elle est censée être une posture de repos et de récupération.
Pourquoi cette posture est-elle si précieuse ?
Pour la santé des femmes : C’est une posture « mère ». Elle offre une stimulation profonde des ovaires, favorise des cycles plus réguliers et aide à contrôler l’abondance des règles. C’est une véritable cure de jouvence pelvienne.
Pour la liberté structurelle : Elle allonge intensément les ischio-jambiers et l’intérieur des jambes, ce qui libère la traction constante sur le bassin.
Pour le bas du dos : Tant que la colonne reste étirée, cette ouverture décompresse la région lombaire. En créant de l’espace là où nous sommes souvent tassés, elle soulage les tensions chroniques liées à la raideur postérieure.
Je suis loin de vous avoir tout dit sur Upavistha Konasana. Je vous renvoie à une précédente newsletter de 2022 ICI si vous souhaitez compléter votre exploration de cette posture fascinante.
⏰RV à Roquefort les Pins ou en ligne à 18H30 😊 ⬇️
Je suis heureuse de partager avec vous cette posture iconique du Yoga Iyengar®.
Vous pouvez aussi passer par le site internet :
Il est également possible de télécharger l’application Bsport :
N’oubliez pas de vous inscrire au stage du dimanche le 14 juin à Mouans Sartoux de 9H30 à 12H30
Le planning des cours est à jour jusqu’à fin juin! Il sera suceptible de quelques aménagements courant mai. Planifiez vos cours sans limite 😊
Amicalement
Isabelle
P.S. 🌿 Stage d’été au Bois du Rouret Envie de pratiquer enfin à l’air libre ? Rejoignez-nous du 11 au 14 juillet (8h30-11h30) pour quatre matinées en immersion sous les chênes. C’est l’occasion de sortir de nos espaces clos et de se mettre en forme pour le reste de l’été. 🌳💨
✨ Thème : La Liberté
P.S.2 : La semaine prochaine, je délaisse la plume pour profiter de ma belle-fille et de mes petits-enfants. La newsletter prend donc quelques jours de vacances, mais pas la pratique : le cours du jeudi soir est bien maintenu!






