La baguette magique du lâcher-prise ✨
Parsvottanasana : une posture « karmique » ?
Chère yogini, cher yogi,
Le changement d’heure, le vent, le printemps… tout cela nous bouscule. J’ai consacré cette semaine au lâcher-prise et au renouveau.
Le « lâcher-prise » est devenu un terme aussi galvaudé que le « stress » ou le « bien-être ». Mais que signifie-t-il réellement pour vous ? Que souhaiteriez-vous « lâcher » aujourd’hui ? Comment expérimenter ce renoncement sur le tapis ? Et surtout, quelle différence cela représente-t-il pour chaque dosha (constitution ayurvédique) ?
Le Lâcher-prise selon VOTRE Dosha
Le lâcher-prise n’est pas une injonction unique ; il s’exprime différemment selon votre constitution naturelle (Prakriti) et vos déséquilibres du moment. Identifiez-vous votre profil parmi ces trois énergies ?
🔥 Si vous êtes Pitta (Feu & Eau) : Apprendre à ne plus diriger. Selon mon expérience, vous êtes sans doute le profil qui a le plus grand besoin de lâcher-prise. Par nature, vous privilégiez le contrôle, l’efficacité et la recherche de perfection. Pour vous, le tapis de yoga peut parfois devenir, malgré vous, un terrain de performance avec une recherche de “réussite” posturale.
Sur le tapis : Votre lâcher-prise commence quand vous desserrez les mâchoires et adoucissez votre regard. Souvent, quand je touche « une tête de Pitta » 😄, le cerveau est dur, comme en boule, la nuque tendue. La tête « rebique » dans les flexions avant par exemple. D’ailleurs, beaucoup de Pitta ont le bassin raide, ce qui les empêche de lâcher leur tête.
Mon conseil : Acceptez que la posture « soit » plutôt que de vouloir la « réussir ». Votre défi ? Passer du faire à l’être et au « ressentir ».
🌬️ Si vous êtes Vata (Air & Éther) : Apprendre à vous déposer. Pour vous (comme pour moi), le mental est comme le vent : toujours en mouvement, parfois anxieux ou éparpillé. Votre « non-lâcher-prise » se manifeste par une agitation qui vous empêche de vous poser dans l’instant et de rester immobile.
Sur le tapis : Je vous reconnais aux yeux qui cherchent partout, aux nombreux mouvements parasites inutiles. Il vous est difficile de glisser harmonieusement d’une posture à l’autre. Vos gestes sont parfois saccadés. Votre mental vous entraîne souvent à l’étape suivante de la posture. Les vrittis (perturbations du mental) se manifestent clairement en vrittis corporels.
Mon conseil : Lâcher prise pour vous, c’est de vous mettre en “mode-éco” et d’apprendre l’art de la pause plutôt que celui de la pose : poser votre regard, vous ancrer par les zones du corps en contact avec le sol. Acceptez de ralentir, descendez dans vos appuis et laissez le sol porter votre poids sans résistance. C’est ainsi que vous calmerez votre système nerveux.
🌱 Si vous êtes Kapha (Terre & Eau) : Apprendre à vous détacher. Votre nature est stable et naturellement posée, mais elle peut glisser vers l’inertie ou l’attachement à vos habitudes, à vos objets ou à vos émotions passées. Vous avez tendance à vouloir « tout garder » (le fameux « au cas où »), ce qui finit par créer une forme de lourdeur mentale et physique.
Sur le tapis : Le manque de lâcher-prise chez vous se traduit par une résistance au mouvement ou à l’effort. Face à une instruction, vous resterez à 80% de vos possibilités. Vous appréciez de rester dans une zone de confort. Aller à la rencontre de vos limites ne présente aucun intérêt pour vous. Vous avez parfois du mal à engager le souffle pour initier le changement.
Mon conseil : Votre lâcher-prise passe par le mouvement et la circulation de l’énergie. Osez sortir de vos réflexes de confort. Osez aller plus loin et approchez vos limites. Passez du 80% au 90% par étapes. Développez l’énergie de la foi (Shraddha) pour retrouver enfin votre légèreté originelle.
Pour résumer :
Vata lâchera prise dans l’immobilité, sans pour autant s’avachir car Vata est souvent hyperlaxe.
Pitta lâchera prise en portant une attention particulière à un souffle “doux” et apaisant, pour compenser son penchant naturel à la contraction musculaire et à la performance.
Kapha lâchera prise au travers du mouvement, en veillant à ne pas agresser son corps, ce qui créerait un blocage difficile à surmonter par la suite.
Loin de moi l’idée de vous placer dans des « cases ». Je reconnais que mes propos sont un peu caricaturaux, mais vous comprenez les tendances et l’idée, n’est-ce pas ? Retenez bien sûr que vous êtes unique, avec une constitution (Prakriti) qui vous est propre, issue d’un dosage extrêmement fin des cinq éléments en vous.
Votre sankalpa “lâcher-prise” selon votre Dosha
Pour infuser cette intention dans votre pratique, je vous propose d’adopter un sankalpa spécifique. Il s’agit d’une affirmation courte, positive, formulée au présent et réaliste. Répétez-le mentalement en début de séance, ou dès que vous sentez la résistance pointer :
🌬️ Pour Vata :
« Je me dépose avec confiance. Dans l’immobilité, je trouve ma force et mon ancrage. » (L’idée est de contrer l’agitation par la stabilité intérieure sans perdre la structure du corps.)
🔥 Pour Pitta :
« Je relâche tout effort inutile. Mon souffle est doux, mon corps s’apaise, je suis dans le pur ressentir. » (On vise ici à briser le cycle de la performance et de la contraction musculaire.)
🌱 Pour Kapha :
« J’accueille le mouvement avec joie. Je dépasse mes limites avec bienveillance pour retrouver ma légèreté. » (On encourage ici le passage de l’inertie à l’action inspirée par l’énergie de la foi, Shraddha.)
Est-ce que cela résonne en vous?
Et maintenant, comment créer le lâcher-prise sur le tapis?
Le labo de la semaine : Parsvottanasana
Cette semaine, notre terrain de jeu (ou plutôt notre laboratoire de curiosité) sera Parsvottanasana. Parsva pour le « flanc », Uttana pour l’« étirement intense ».
C’est une posture formidable : elle se découpe en étapes, se décline en une infinité de variantes (surtout pour les bras !) et, soyons honnêtes, un seul cours d’étude posturale n’y suffira pas pour en faire le tour.
Côté technique (et mes petits cauchemars d’enseignante 😄)
Avant de parler de lâcher-prise, parlons de base. L’erreur la plus fréquente ? Le décalage du bassin : avant/arrière, haut/bas, droite/gauche... ces bassins qui “dansent”, c’est le cauchemar de l’enseignant! Ce que je vois le plus souvent, c’est le bassin qui vient s’écraser sur la jambe avant. Ajoutez à cela un écart de jambes trop petit (facile à corriger, promis !) et la difficulté classique des flexions avant : trouver le point source du mouvement au creux des plis des aines.
Mes 4 axes pour expérimenter le lâcher-prise
Une fois ces bases posées, Parsvottanasana nous offre un voyage en quatre dimensions. On ne descend pas tout de suite ! Car toute flexion avant réussie nécessite d’abord un grand étirement du devant du corps.
✨ 1. L’Axe Solaire (L’extension arrière) : On quitte nos habitudes. Aller vers l’arrière, c’est s’ouvrir à l’inconnu, dilater son cœur et s’offrir à l’espace. C’est un acte de confiance absolue, un lâcher-prise lumineux, presque exaltant (le fameux « bliss »).
2. 🌙L’Axe Lunaire (La flexion avant) : Là, on se rend. Le cerveau s’incline vers la Terre, le cœur s’adoucit. On plonge dans le calme et la douceur du retrait des sens (Pratyahara).
🌱 3. L’Axe de la Terre (Avec supports) : Briques, chaises, couvertures... Ici, le corps s’abandonne totalement. On lâche l’ego physique pour accepter, enfin, d’être porté par la gravité.
🌬️ 4. L’Axe de l’Air (Le souffle) : Le secret est dans l’expiration (Apana Vayu).
Mon conseil : Visualisez l’expiration comme une porte qui s’ouvre. En fin de souffle, goûtez à cette courte suspension (Bahya Kumbhaka). C’est dans ce « vide » que l’on ne retient plus rien. (Attention mes Pittas : on reste dans le souffle doux, pas de performance ici !)
C’est puissant, n’est-ce pas ? Et pour tout vous dire, ce lien entre extension arrière et lâcher-prise est très personnel. Cela m’amène à vous raconter mes trois expériences marquantes où, curieusement, tout a basculé lors d’une ouverture vers l’arrière...
Mes 3 expériences marquantes de lâcher-prise
Je vous les raconte dans l’ordre chronologique... presque comme un roman d’apprentissage.
1. 1994 : Kripalu Center, Massachusetts (L’épreuve du feu)
Le Kripalu Center est l’ashram où j’ai effectué ma première formation en Hatha Yoga. J’habitais aux États-Unis à l’époque, près de New York. Imaginez une pratique matinale, vers 5 heures du matin. Un immense espace dans la pénombre, un fond musical discret. Un enseignant nous guide dans une séance où les postures sont tenues très longtemps. Arrive Chatuspadasana. Nous y restons 5 minutes. Mon mental hurle : « I’m going to die » (je vais mourir). J’avais les cuisses en feu, j’avais l’impression de devenir un feu d’artifice de douleur. Et puis soudain, la pensée ultime : « So what ? » (Et alors ?). J’avais lâché prise. J’étais passée au-delà des frontières du réel, au-delà de la résistance physique et mentale.
2. 1997 : Convention européenne de yoga Iyengar® (La baguette magique)
De retour des US, mon certificat en poche, j’intègre le cours niveau 1 du Centre de yoga Iyengar® à Paris. Un vendredi soir, mon enseignante m’appelle : elle me demande de servir de « cobaye » le lendemain matin pour B.K.S. Iyengar lui-même, qui souhaite faire une démonstration d’enseignement pour débutants. Me voilà sur une estrade devant une foule immense. Et devinez sur quelle posture porte la démo ? Parsvottanasana ! En Paschima Baddha Hasta (les coudes attrapés derrière le dos). Guruji se plante à côté de moi et crie : « MORE ! » (Plus !). Pourtant, j’avais l’impression d’être à fond. J’intensifie l’extension arrière. Il tourne autour de moi et crie encore plus fort : « MORE ! ». Je me sens au maximum de mes capacités, mais j’essaie encore. Et puis, le cri tonitruant ultime : « MORE ! ». Et là, je lâche. Je vais là où je n’étais jamais allée. Je sors de là estourbie. L’après-midi, chez le coiffeur, ma coiffeuse me regarde, dubitative : « Vous avez quelque chose de changé, je ne sais pas quoi, mais c’est certain. » Effectivement, je voyais un autre visage dans le miroir. Il m’avait touchée de sa baguette de magicien du yoga.
J’ai la photo de ce moment dans mon studio. Je vous la partage. Si vous ne me reconnaissez pas, moi non plus 😅. Mon corps est tellement débutant dans cette posture ! Cette semaine, dans l’extension arrière de Parsvottanasana, j’ai pensé à Guruji. À ce moment unique et si fort. Et j’ai mesuré que sa baguette magique était toujours là. Je me suis donnée. J’y suis allée. Comme jamais.
3. 2004 : Cambridge, USA (Traverser l’orage)
De nouveau aux États-Unis, près de Boston.
Un samedi matin, je me réveille avec des « coups de poignard » dans le bas du dos. Brutal. Soudain. J’ai du mal à me lever, mais je décide d’aller à mon cours avec Patricia Walden. Quitte à ramper, j’y vais.
Le cours porte sur les extensions arrière. Je me dis que j’ai fait une erreur monumentale, que je n’y arriverai jamais...
Puis, je décide de me faire confiance : écouter et recevoir cette incroyable douleur. Arrive Urdhva Dhanurasana (la roue). Je l’aborde comme un cheval sauvage : doucement, prudemment. Je touche la douleur, aiguë, mais je lâche prise.
Je poursuis et je traverse. Derrière cet espace de douleur, il n’y a plus rien. C’est tranquille et paisible comme un lac. Une expérience mémorable de plus. 🪵
Le lâcher-prise : une traversée de Dukha
Cela ne vous a pas échappé : derrière chacune de ces expériences, il y a un point commun : Dukha, que l’on traduit communément par souffrance. Si le lâcher-prise est nécessaire, c’est justement parce que Dukha existe. Si tout était fluide, limpide et agréable (Sukha), nous n’aurions aucun effort à fournir pour lâcher quoi que ce soit.
Le lâcher-prise ne consiste pas à fuir les obstacles ou la réalité. C’est une traversée de Dukha. C’est un moment de bascule où la résistance s’efface et où une porte s’ouvre enfin.
Et pour vous, qu’est-ce que cela évoque ? Avez-vous vécu ce moment charnière sur votre tapis, où une posture, une respiration ou une tension a soudainement lâché pour laisser place à un espace intérieur inconnu ?
J’adorerais vous lire. Répondez-moi simplement par e-mail pour me confier votre récit. Je garderai vos mots précieusement, comme autant de témoignages de ce chemin que nous parcourons ensemble.
Parsvottanasana : une posture « karmique » ?
C’est précisément cette traversée que je vous propose d’expérimenter. Cette semaine, j’aborde en début de séance Parsvottanasana de manière dynamique, comme une véritable posture « karmique ».
Rassurez-vous, l’axe « Terre » en mode « pose-pause » sera bien présent aussi !
Pourquoi karmique ? Parce qu’en alternant l’extension arrière (l’ouverture solaire, l’offrande au ciel) et la flexion avant (l’humilité, le retour vers la terre), nous créons un mouvement de balayage.
C’est un lâcher-prise multidimensionnel :
Dans l’ouverture, on brise les carapaces du passé.
Dans l’inclinaison, on laisse la gravité emporter ce qui est trop lourd.
Entre ces deux pôles, le souffle circule et nettoie. On ne fait pas qu’une posture, on dénoue des mémoires.
Et là, ne sentez-vous pas l’enthousiasme monter ? Comme si quelque chose de spécial, de plus grand que juste un bassin aligné (à ne pas oublier !) s’offrait à vous ? ✨
🕉️ Une Mudra pour la route ?
Il existe plusieurs gestes sacrés pour accompagner le lâcher-prise. J’ai choisi pour vous Kshepana Mudra. C’est un geste intuitif qui se prend à partir d’Anjali Mudra (les mains jointes sur la poitrine).
Comment la pratiquer ?
Entrelacez vos doigts, sauf les index qui restent pointés l’un contre l’autre.
La main gauche est dominante : le pouce gauche vient presser légèrement le pouce droit.
Deux options : soit vous gardez les mains au niveau du cœur, index vers le haut, soit vous descendez les mains vers vos jambes, index tournés vers le bas, dans le « creux » formé par vos jambes croisées.
La symbolique énergétique : Les index représentent l’élément Air et, avec lui, le nettoyage. Ils agissent comme une brise légère qui vient balayer les énergies et les pensées négatives. Le « moteur » de cette mudra provient du pouce gauche (élément Feu) qui, par sa pression, active le processus.
Kshepana Mudra stimule l’élimination autant physique qu’émotionnelle et mentale. Elle aide à évacuer les énergies usées et favorise un véritable renouvellement. Elle ressemble d’ailleurs beaucoup à Kali Mudra, en référence à la déesse Kali qui détruit les incertitudes, les peurs et les illusions pour laisser place à la vérité.
💨 Sortons nez au vent !
En parlant de vent, je ne sais pas ce qu’il en est chez vous, mais ici, à Roquefort-les-Pins, une bonne brise accompagne nos journées. Vous savez qu’en « bonne Vata », je suis d’ordinaire très dérangée par le vent qui disperse mes pensées.
🍃 Pourtant, je le perçois autrement dans notre contexte de printemps. Il est dit dans la tradition que le vent possède une fonction de balayage des karmas superficiels (ou samskaras). Imaginez ces petits conditionnements quotidiens, ces pensées parasites ou ces agacements qui flottent à la surface de notre mental comme de la poussière. Le vent, en agitant l’élément Vayu (l’Air), vient disperser ces résidus pour nous offrir un espace intérieur plus vaste.
✨ Alors, je goûte ce vent comme une purification nécessaire, une bénédiction avant le grand départ au Kérala (du 10 au 27 avril, si vous ne vous en souvenez pas).
Et si nous sortions, nous aussi, nez au vent pour laisser s’envoler ce qui n’a plus lieu d’être ?
🌿 S’offrir la liberté : Stage d’été au grand air
D’ailleurs, si vous avez envie de prolonger ce sentiment de liberté et de pratiquer au cœur des éléments, il reste encore des places pour notre stage d’été du week-end du 14 juillet.
Imaginez : quatre matinées pour pratiquer en pleine nature, sans murs, sans plafond au-dessus de nos têtes (mais oui, nous chercherons de l’ombre ! 🌳). C’est l’occasion parfaite de s’immerger totalement et de recharger les batteries pour la suite de l’été.
✨ Thème : La Liberté
📅 Quand : Les 11, 12, 13 et 14 juillet (de 8h30 à 11h30)
📍 Où : Bois communal du Rouret
💶 Participation : 50 € d’arrhes à la réservation (90 € sur place)
Je serais heureuse de partager avec vous cette expérience en nature, loin des murs et au plus près du souffle. 💨
⏰On se retrouve ce soir à 18H30 😊 ⬇️
Venez pratiquer Parsvottanasana, la posture « karmique » du jour. Épatante.
Vous pouvez aussi passer par le site internet :
Il est également possible de télécharger l’application Bsport :
N’oubliez pas de vous inscrire au stage du dimanche le 14 juin à Mouans Sartoux de 9H30 à 12H30
Le planning des cours est à jour jusqu’à fin juin! Il sera suceptible de quelques aménagements notamment au mois de mai. Planifiez vos cours sans limite 😊
Amicalement
Isabelle
P.S. : Il y aura cours jusqu’à jeudi prochain, la veille de notre envol pour le Kérala. ✈️
Par contre, entre les valises et les préparatifs du départ, il n’est pas absolument certain que je sois au rendez-vous avec la newsletter de jeudi prochain. Si le silence s’installe, sachez que c’est pour mieux me laisser porter par le vent de l’Inde... et je reviendrai vers vous avec le plein de prana à mon retour ! ✨







